3ème Dimanche de Carême

L’évangile de ce dimanche nous rapporte des faits divers. Des faits divers qui se sont produits à l’époque de Jésus. Mais les questions que posent Jésus à partir de ces faits divers nous renvoient aujourd’hui à un autre fait divers, récent, qui a touché notre paroisse, je veux parler de cet accident de bus où des jeunes ont trouvé la mort.
 
Des faits divers, nous en découvrons tous les jours en ouvrant le journal ou en écoutant les informations. Nous y sommes habitués, cela nous désole mais il y en a tellement que nous nous n’y faisons même plus attention. Sauf, quand cela nous touche de près, sauf lorsqu’il touche notre famille ou la communauté. Ce qui a été le cas il y a 2 semaines. Et, quand nous sommes touchés de près, quand nous nous sentons concernés nous réagissons de la même façon que les gens de Jérusalem. Nous nous disons, nous aussi, « pourquoi un tel accident ? Pourquoi ces jeunes ? C’est injuste. » Et si ces personnes n’avaient pas été des jeunes, mais des adultes, nous aurions peut-être pensé nous aussi : « pourquoi un tel sort ? Qu’avaient-ils fait pour mériter cela ? » ou « de quoi étaient-ils coupables ? »
 
Qui parmi nous n’a jamais pensé avoir été puni par le Seigneur ? Qui n’a jamais dit ou pensé « mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? » Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur vient répondre à nos doutes, à nos interrogations, à notre incompréhension, à notre indignation, voire aussi à notre révolte. Et ce que nous dit Jésus, c’est que la vraie question n’est pas « pourquoi un tel accident » ou encore « qu’avaient-ils fait pour mériter cela ? » mais « sommes-nous prêts ? »
 
Quand Jésus demande à ceux qui sont venus l’interroger s’ils pensaient que les personnes mortes dans l’éboulement de la tour de Siloé étaient plus coupables que les autres, il leur dit « pas du tout ! » C’est une vue de notre esprit parce que nous n’arrivons pas à nous défaire d’une certaine peur de Dieu, mais Dieu n’est pas en cause. Pourtant Jésus rajoute : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ». Alors, pourquoi Jésus dit-il cela ?
 
Bien sûr, nous sommes en carême, et comme nous sommes tous pécheurs, si nous voulons participer un peu plus à la Résurrection du Christ, si nous voulons vivre un peu plus de sa vie, nous devons tous essayer de changer quelque chose à notre façon d’agir, à notre façon de vivre. Mais en mentionnant ces faits divers, Jésus veut surtout nous interpeller sur quelque chose de bien plus profond : il vient nous interpeller sur le sens que nous donnons à notre vie, parce que la mort nous touchera tous un jour. La maladie, les accidents, la souffrance, la vieillesse, cela nous concerne tous, et si nous attendons d’y être directement confrontés pour y réfléchir, si nous éludons de notre vie toutes ces questions liées à l’existence, nous aurons encore plus de mal à les vivre le jour où nous serons obligés d’y faire face.
 
Quand Jésus nous dit « convertissez-vous », cela veut dire « quel sens donnez-vous à votre vie ? Quelle place donnez-vous à Dieu dans votre vie ? En quoi ou en qui mettez-vous vos sécurités ? »
 
Alors cet accident de bus, comme l’éboulement de la tour de Siloé, ce ne sont pas des menaces, ce sont des alertes pour nous inviter à réfléchir à toutes ces questions… pour notre bien.
 
D’ailleurs, Jésus ne nous promet pas la Géhenne si nous n’y répondons pas. Il est et il restera à nos côtés, et il nous assure que nous pouvons toujours compter sur sa miséricorde. C’est le sens de cette parabole sur le figuier que Jésus rajoute à la fin de l’évangile. Cet arbre fruitier qui ne porte pas de fruit, c’est un peu chacun de nous. Mais le Seigneur va bêcher autour, mettre de l’engrais, et « peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. »
 
Voilà comment se manifeste la miséricorde de Dieu. Dieu est patient et il nous laisse le temps de faire notre chemin, nos expériences, de nous tromper, voire de nous perdre, parce qu’il sait que nous avons toujours la possibilité de changer.
 
Dans la seconde lecture, st Paul évoque l’histoire du peuple d’Israël. Il rappelle la sortie d’Egypte, la nuée qui accompagnait le peuple dans le désert, le passage de la mer rouge. Il rappelle aussi comment le peuple a erré dans le désert parce qu’il avait eu peur de prendre possession de la terre que le Seigneur lui offrait.
 
Et st Paul dit que cette histoire du peuple d’Israël doit nous servir d’exemple. Encore une fois, ce n’est pas pour craindre la colère de Dieu mais parce que l’histoire du peuple d’Israël c’est la nôtre, c’est nos peurs, c’est nos doutes, c’est nos erreurs. C’est toute notre humanité qui se reflète dans cette histoire et, en ce sens, elle peut nous servir pour notre propre chemin avec le Seigneur, pour construire notre propre relation avec Dieu.
 
Dans la première lecture, Dieu qui se révèle à Moïse à travers le buisson ardent. C’est lui qui fait le premier pas. Et qu’est-ce que le Seigneur lui dit ? En hébreu, le Seigneur dit « je suis qui je suis », ou encore « je suis celui qui suis ». En fait, cela veut dire « je suis celui qui sera toujours avec toi ». Vous voyez que ce que Dieu cherche avant tout c’est d’établir une relation personnelle avec chacun de nous.
 
Il dit encore à Moïse, « je suis le Dieu de tes pères Abraham, Isaac et Jacob ». Dieu est celui que nous cherchons sans toujours le savoir.
 
Et il lui dit enfin « J’ai vu la misère de mon peuple…et j’ai entendu ses cris, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer ». Le Seigneur est aussi celui qui vient nous rejoindre dans ce que nous vivons, celui qui connait nos détresses et qui vient à nos devants pour nous en libérer.
 
Voilà le vrai visage de notre Dieu. C’est un Dieu plein de bonté et de bienveillance. Un Dieu qui « pardonne toutes tes offenses », nous dit le psalmiste, « et te guérit de toute maladie » ; un Dieu qui « réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. »
 
Je ne suis pas sûr que nous ayons tous cette image-là de notre Dieu, ou que nous soyons capables de l’accueillir à la mesure du don qu’il voudrait nous faire de lui-même. Voilà pourquoi le Seigneur nous redit encore aujourd’hui : « convertissez-vous ». Amen.
 
Père Martin.
 

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